>Chasse (1/3)

Après cette première expérience volatile au festival, on a passé une semaine dans une famille Kazakh avec des aigles. Le programme était intitulé ‘Train a kazakh eagle’. C’était la première fois que ce programme était réalisé par l’agence avec laquelle on est parties. on s’est rendues compte que finalement plus que de l’entrainement, c’était des parties de chasse qui étaient prévues.
On a donc beaucoup appris sur cette tradition et on a eu des expériences incroyables et malheureuses en même temps. Voici donc tout ce que l’on sait sur le sujet :

La chasse aux Golden Eagles est une tradition du peuple Kazakh. Ils peuvent chasser lapins, renards, loups, etc. Ces aigles peuvent atteindre 3m d’envergure. Ils ont trois doigts devant et un derrière pour attraper les proies. C’est le doigt du milieu qui sert à tuer, c’est le seul qui soit acéré comme un couteau. Le bec lui ne sert qu’à arracher la viande.

En avril, les chasseurs vont repérer les nids pour trouver un nouvel aigle. Seules les femelles sont utilisées pour la chasse car elles sont plus agressives. Ils les repèrent car elles ont des sortes de cailloux sur les articulations des serres. Ils choisissent les aiglons qui ont les serres les plus épaisses et qui ne détournent pas le regard car ce seront les aigles les plus puissants et les plus agressifs pour la chasse.
En juillet, les chasseurs viennent capturer les jeunes aigles, ils ont alors leur taille adulte mais ne savent pas encore voler ce qui rend la capture possible. Si le jeune aigle sait déjà voler, il arrive que les chasseurs l’appâtent avec de la viande pour le capturer.

Il faut ensuite le dresser. La base du dressage de l’aigle se fait en l’affamant. On ne le nourrit pas pendant une journée puis on le met a une petite distance et on l’appelle en tenant de la viande avec le gant de protection. Il n’y a pas de mots spécifiques, c’est un mélange de cris pour attirer son attention (le son « ma » par exemple).

Si l’aigle vient se poser sur le gant on le laisse manger en récompense et on lui remet son capuchon sur les yeux ensuite. La capuche sert a ce que l’aigle soit immobile, dès que ses yeux sont couverts, il serre le gant de toute ses forces car il n’a plus aucun repère. Il est très difficile de lui faire desserrer ses serres à ce moment là à la force des bras.
Par contre si l’aigle n’obéit pas, on le force à avaler de la glace, ce qui le met en colere. Contrarier l’aigle permet de le rendre plus réceptif a l’apprentissage.
Un aigle adulte peux avaler jusqu’à 2 kg de viande en une fois. Il stocke la viande dans son estomac juste sous la tête, on peux le sentir lorsqu’il vient de manger. Avant la chasse on les fait jeûner une journée en général. Une fois à la chasse la capuche n’est enlevée que si le chasseur a vu la proie lui-même. En effet, les aigles sont dressés mais il arrive souvent qu’ils s’échappent pendant une chasse si il ne sont pas assez concentrés sur la proie à attraper. En général, l’aigle chasse pour son maître pendant 10 ans puis est relâché dans la nature.
Il existe un lien particulier entre le chasseur et son aigle. Normalement un aigle n’appartient qu’à un seul homme. Mais autrefois, lorsqu’un chasseur voulait acheter un très bon aigle, il donnait sa fille en échange.

les accessoires :
le gant > biyalay
la capuche > tomaga
les bracelets > ayak bau
le baton pour poser son aigle à cheval > baldak

Tous les ans, il y a 2 festivals dans la région de Bayan Olgii. Les chasseurs ont créé une association et ont des permis de chasse spéciaux pour perdurer leurs traditions.

Pendant notre semaine dans la famille on a participé à deux chasses. La première chasse a duré 6 heures à cheval dans une zone rocailleuse. Il y avait Monsieur A. notre hôte, avec son aigle qui a 3/4 ans d’expérience, un ami à lui avec un très jeune aigle attrapé cet été, et environ 3 autres personnes pour rabattre les animaux. Les aigles et leur maîtres se placent en haut du rocher et les rabatteurs autour en contrebas dans la vallée, ou au-dessus pour faire du bruit et faire sortir les animaux de leurs cachettes. Pendant la première chasse, une chouette s’est faite attraper en plein vol par un des aigles.
Le lendemain notre hôte nous a dit qu’il ne fallait pas en parler car c’est une espèce protégée. On était vraiment étonnées et dégoutées d’avoir participé à cette chasse.
On devait retourner chasser le renard le lendemain et on a essayé de contourner l’excursion. Après discussions, il s est avéré que c’était aussi une espèce protégée. Cependant les chasseurs de l’association ont une autorisation. Malgré cela, on avait du mal à se faire à l’idée de chasser une nouvelle fois, et de plein gré, une espèce protégée. Au début, on a donc dit que l’on préférait juste faire une promenade à cheval. Cependant, Monsieur A. nous a dit que de toute façon, lui et son ami y allaient et qu’il fallait venir. Finalement le matin du jour J, comme Monsieur A. n’était pas là, nous sommes allées à la chasse avec son fils, qui nous a assuré qu’une fois attrapé, le renard serait libéré.
Nous sommes donc parties rassurées, ne sachant d’ailleurs pas si on allait croiser un renard de toute façon. Malheureusement la bestiole est bien sortie de son trou et après deux essais, elle s’est faite attraper par l’aigle. Les aigles attrapent toujours la tête pour éviter les morsures. Arrivés sur les lieux, le fils de Monsieur A. a commencé à ligoter le pauvre renard et même après discussion et proposition d’argent, il n’a pas voulu le libérer. Il a dit que si jamais on relâchait la proie qu’un aigle avait attrapé, celui-ci ne serait plus bon à rien. On est donc rentré au camp avec le renard vivant et apeuré. Ils nous ont dit d’abord qu’ils allaient l’apprivoiser (moues dubitatives), puis finalement qu’ils allaient s’en servir pour entrainer les deux nouveaux aigles de cette année, ce qui est quasiment pire pour la pauvre bête que la mort.
Monsieur A. nous a dit que avant, lorsque l’on chassait le renard, les chasseurs laissaient les deux animaux combattre jusqu’à la mort. Si le renard arrivait à s’enfuir, ce qui arrive rarement, il le laissait aller. Maintenant il n’y a plus aucune chance pour les proies car le chasseur court vers son aigle dès qu’il a attrapé quelque chose.

La chasse est quelque chose que l’on a oublié dans les cultures occidentales, on estime cela cruel, qui plus est si on trouve l’animal magnifique. On ne se questionne vraiment plus sur l’origine de notre steak haché. Pourtant la chasse peut être quelque chose de noble. On n’a en effet pas le même regard sur une chasse au fusil que sur une chasse à l’aigle, qui est un procédé plus naturel. On a essayé de parler un peu du problème moral que l’on a rencontré sur place mais c’était dur de se faire comprendre. Notre hôte a bien vu que l’on était contrariées et il a défendu son point de vue : chasser est dans sa tradition, il le fait dès qu’il en a le temps. Il nous a dit que souvent les touristes avaient tous la même réaction devant la mort d’un animal, les gens sont tristes et veulent libérer les proies. Le gouvernement interdit la chasse de certaines espèces mais cela parait sûrement incompréhensible à ces gens qui font ça depuis des générations.
Que l’on soit là ou non, Monsieur A. va souvent chasser mais le vrai danger vient certainement plus de l’impact que le tourisme pourrait avoir sur cette tradition. Heureusement la région est très difficile d’accès et cela limite sans doute tout effet nocif pour l’instant.
On a été surprises également par le nombre d’agence de tourisme écologique ou communautaire en Mongolie. On ne sait pas ce qu’elles valent réellement mais il semble que la Mongolie ait mis du temps à développer son tourisme et qu’elle se soit donc orientée assez vite vers un tourisme plus responsable, ce qui est une bonne chose.

7 commentaires

  1. Octave le poulpe says:

    Oui c’est ma fille continues et vive l aventure c est la vie comme dit Yann

  2. gaspard says:

    les traditions de chasse existent aussi chez nous et même la corrida….alors…. mais vos photos sont magnifiques et ce sont de superbes animaux.

  3. Superbe !!!
    Exceptionnel !!!
    Inoubliable… Sûrement… J’espère.

    (On est tous nés chasseurs…)

  4. nicois says:

    grandiose, ces rapaces sont terriblement beaux ; c’est très impressionnant ;
    oui, ça vaut le déplacement !

  5. Olivier M says:

    Vous faites des envieux vous savez !

  6. Qihui says:

    Incroyable!!! Aussi proche d’eux?!
    Le voyage commence très bien, à suivre!!!!

  7. StephJ says:

    Quelle expérience magnifique! Et quelles images…

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