>Kawai choumimi

Si nous sommes venues dans cet endroit perdu d’Inde, sans attrait touristique particulier, c’est pour voir des bébés tortues ! Aussi, nous avons été très déçues d’apprendre que la saison des nids avait été très précoce cette année et que la possibilité des voir des tortues était très incertaine. Alors, lorsque Lisa nous a dit qu’elle se levait chaque matin pour aller voir au lever du jour si il y avait des bébés tortues d’éclos, nous avons sauté sur l’occasion pour nous joindre à elle.

Il faut donc savoir que les tortues de mer, contrairement aux tortues terrestres, ont des pattes avant très développées pour leur servir de nageoires. Elles ont aussi une forme beaucoup plus effilée afin d’être plus aérodynamiques. Elles peuvent retenir leur respiration jusqu’à 5 heures sous l’eau si elles ne sont pas très actives, 2 à 3 heures sinon. Elles se nourrissent de petits poissons et de méduses. À l’âge adulte la femelle pond tous les 1 à 3 ans. Elle revient sur la plage où elle est née grâce aux champs magnétiques. Le mâle lui, une fois qu’il est à l’eau, il y reste pour toute la vie, c‘est un flemmard. Sur la plage, la femelle creuse un trou, y dépose ses œufs, les recouvre et se casse. Ensuite, charge aux œufs d’éviter de se faire manger par les habitants du coin tout seuls. En effet, les indiens aiment bien se faire un petit festin d’œufs de tortue fraîchement pondus. Quand ils sont encore un peu mous. Après c’est moins appétissant. Puis il faut encore survivre aux chiens errants qui gratouillent le sol. Après 50 jours, si les œufs sont encore intacts, les bébés tortues peuvent enfin pointer leurs nez hors du sol. Pas n’importe quand dans la journée non plus : le matin entre chien et loup, c’est mieux pour leur échapper justement. Pour passer pour un caillou aux yeux des oiseaux, c’est aussi le bon moment. Par contre, les tortues sont un peu bigleuses à l‘air libre. En effet, leurs yeux sont fait pour voir sous l’eau. Du coup une fois écloses, elles se dirigent vers la source de lumière la plus proche, qui est censée être l’océan avec tous ses reflets de soleil. Sur le chemin, il y en a toujours qui s’égarent et se font manger. Une fois rendues à l’eau, les bébés se mettent à nager frénétiquement pour s’éloigner le plus vite possible de la plage. Le pourcentage de survivantes, à l’état naturel, est de 2%.

Afin d’aider à leur survie, FSL a sensibilisé des pêcheurs sur le bout de côte proche de Kundapura. Lorsqu’il y a un nouveau nid, il est signalé afin d’être déplacé dans les premiers jours d’incubation vers une plage où un volontaire FSL pourra les surveiller. À moins qu’un pêcheur relais soit d‘accord pour le faire sur la plage d’origine. Une fois sur la plage, une structure est construite autour du nid, à renfort de bouts de bois et de filets, afin d’éviter que les chiens errants creusent à cet endroit. Lorsque la période d’éclosion arrive, un volontaire vient voir chaque matin si les bébés tortues ont décidé de sortir ou non. C’est-ce que nous sommes venues faire à 6h du matin sur la plage.

Pour notre premier matin, nous avons eu droit à 24 naissances (sur 60 œufs dans le sol) ! Lorsque nous sommes arrivées sur la plage, les petites tortues se débattaient dans les mailles du filet protégeant leur nid. Nous les avons démêlées une à une en les mettant dans une bassine une fois libres. On a eu un moment d’attendrissement devant ces petites créatures qui donnent l’impression de vouloir voler à tant remuer les nageoires. Et puis on les as toutes mises sur une ligne tracée dans le sol à quelques mètres de l’eau et on les a regardées faire la course (il faut qu‘elles marchent un peu pour pouvoir mémoriser la plage où elles sont nées). On les a encouragées, parfois remises sur le droit chemin, et on a été assez impressionnantes pour pas que les chiens et les aigles s’approchent. Par contre après on a eu la flemme d’aller se battre avec les dauphins. Et on a regardé les petites tâches, faites par les têtes de nos protégées remontant à la surface pour respirer, s’éloigner vers le large…

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